La technologie est la racine de tous
les maux
- Philip Emeagwalie
meagwali.comTraduit de l'Anglais par Guy Everard Mbarga
D'après les livres d’histoire, des marchands d’esclaves Européens
armés ont kidnappé un Africain sur cinq qu’ils ont transporté par les
océans jusqu’en Amérique. La boussole (compas)est un dispositif
utilisé dans le monde entier pour la navigation; un outil technologique
d’extinction moins visible, mais non moins extrême. De la même
manière que les Britanniques ont utilisé leurs connaissances maritimes
et que les États Unis ont exploité leur capital intellectuel pour diriger
le monde, les premiers marchands d’esclaves ont utilisé une simple
boussole pour faire des ravages dans la civilisation.
Il est triste de constater que cet instrument de navigation s'est
développé à l'époque de la traite des esclaves sur l'Océan Atlantique et
grâce à celle-ci. Le développement technologique de l’innocente
boussole, inventée en Chine pour la divination religieuse il y a 2000
ans a permis que l’Afrique soit ravagée d’une manière inqualifiable.
C’est la boussole qui a créé le Commerce Atlantique des esclaves, en
permettant aux premiers navigateurs coloniaux — et à leurs
marchands sanguinaires — de dresser une route précise de l’île de
Gorée, sur la côte sénégalaise au Brésil; ouvrant la voix au commerce
Transatlantique des esclaves qui débuta le 8 août 1444. Ce
commerce de la marchandise humaine a touché quatre continents, a
duré quatre siècles et servi de guide honteux pour la dépravation de
l’avidité et de la conquête humaine.
La boussole est devenue de fait l’arme de destruction massive qui a
conduit à la décapitalisation et à la décapitation de l’Afrique. Elle a créé
la Diaspora Africaine avec une personne sur cinq enlevée de la terre
mère. Il s’est agi du plus vaste et du plus brutal déplacement d’êtres
humains dans l’histoire humaine.
Il est difficile d’imaginer aujourd’hui qu’une telle destruction et
l’enlèvement systématique d’une race puisse provenir d’un outil aussi
ordinaire qu’une boussole.
Cependant, en tant que peuple ayant survécu au commerce des
esclaves, nous devons tirer notre force des leçons apprises du passé
et tirer notre énergie de la force de l’avenir. Et la force de l’avenir
réside dans le “contrôle” de la technologie et dans son exploitation
pour le bien de l’humanité, et non pour sa destruction.
Les africains doivent se rendre compte que l'Internet est un outil de
navigation moderne et qu'il constitue leur propre ciment de
sagesse.Alors que nous nous préparons pour notre long voyage dans
le cyberespace du futur, avec sa promesse technologique, — son
ciment de sagesse — nous devons saisir la valeur stratégique et le
potentiel de cet outil crucial. Notre image du futur inspire le présent et
le présent sert à créer le futur.
Le manque de connaissance technologique substantielle d’Internet en
Afrique et de son potentiel pourrait conduire le continent à être
agressé ou manipulé d’une manière inattendue, de la même façon qu’il
fut dévasté voilà quelques générations faute d'une simple boussole.
Nous n’avions pas reconnu la force de la boussole à cette époque ; le
danger est que nous ne reconnaissions pas celle de la technologie
aujourd’hui.
Pendant que l'Afrique envisage l'avenir, les pays occidentaux, les plus
rapides à se servir des armes technologiques, font l'avenir.
Ce fait, et la manière dont la force de la technologie peut être utilisé
contre les pauvres me sont apparus chez moi de façon claire lorsque
j’ai récemment reçu le mail suivant:
“Il y a un an environ, j’ai embauché un développeur en Afrique pour
faire mon travail. Je le paie 12000 dollars par an pour faire mon travail
pour lequel je suis payé 67000 dollars l’année,” écrivait l’expéditeur.
“Il est heureux d’avoir un emploi et moi je suis content de ne devoir
travailler que 90 minutes par jour. À présent, j’envisage d’obtenir un
second emploi en faisant la même chose.”
La technologie entre les mains des autres a été utilisée pour exploiter
l’Afrique durant des siècles. Il est maintenant temps pour l’Afrique de
saisir la technologie et d’embrasser enfin le ciment de la sagesse et de
l'émancipation de l’âge moderne. L’Afrique a la chance de montrer au
monde comment la technologie doit être utilisée pour le bien, et non
pour le mal. Et les africains peuvent utiliser la technologie
d’aujourd’hui, non pas pour s'auto exploiter, mais pour corriger les
erreurs du passé et se doter du même outil qui a été utilisé pour les
oppresser dans le passé. L’Afrique peut donner un exemple parfait au
monde en utilisant la technologie pour sa propre élévation et pour le
bien de l’humanité.
Cette fois-ci, nous avons le choix.
Extrait d'un discours délivré par Philip Emeagwali à la Conférence de la
Diaspora Africaine ( African Diaspora Conference) à Tucson, Arizona. La
copie enti`re et la vidéo sont disponibles sur emeagwali.com.
D'origine nigériane Philip Emeagwali a remporté en 1988 le Gordon
Bell Prize, le prix Nobel de superinformatique. Il a été surnommé “un
des pères de l'Internet” par CNN et TIME; et vanté comme “l'un des
plus grands esprits de l'Âge de l'Information” par l'ancien président
américain Bill Clinton; et élu le plus grand scientifique Afrodescendant
de l'histoire par New African.
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